Faut bien commencer

Publié le par Bati

Question du jour :
 
Comment en arrive-t-on a pouvoir tolérer ce que l'on considère par ailleurs comme profondément inacceptable ?
 
Une réponse souvent évoquée est qu'il  faut bien se rendre à l'évidence, nous nous sentons pour la grande majorité d'entre nous impuissant face à la complexité du monde et de ses défis pour le rendre meilleur.
 
Mais à y regarder d'un peu plus près, ne devrions-nous pas formuler plutôt ceci :
Il faut bien se rendre à une autre évidence, on est pour la plus part d'entre nous, complice de se convaincre ou d'accepter d'être convaincu de notre impuissance à faire émerger une société qui mettrait en application des principes et valeurs partagés par une grande majorité d'entre nous.
 
Ce sentiment d'impuissance, qu'il soit individuel ou général, est entretenu par tout un ensemble de procédés qui agit à tous les échelons de notre société.
 
Le discours médiatique y participe grandement.
Les citoyens doivent déléguer à leurs représentants le soin d'apporter des solutions, mais aucune obligation de résultat n'est réellement exigée de ces derniers. L'expression "responsable mais pas coupable" est devenu un lieu commun et permet de se dédouaner de ce dont on est justement responsable. 
L'argument de l'impuissance est sans cesse utilisé, en toute bonne foi, et permet de justifier un manque de résultat face à des efforts qui ne manquent pas d'être mis en avant. Il est aussi  légitimisé par une certaine forme de fatalité, à laquelle on dit ne jamais se résigner, mais dont on accepte facilement les effets.

Pourquoi, dans une conflit qui perdure, parle-t-on d'  "échec des négociations" plutôt que d'  "échecs des négociateurs" ?   
Pourquoi, sur un problème comme celui de la faim dans le monde,  aujourd'hui  en augmentation malgré les objectifs affichés, va-t-on parler d'inéfficacité des politiques et non des personnes qui les décident et qui sont chargées de les mettre en place ?
 
Tous ces arrangements pour ignorer une éventuelle reconnaissance de nos erreurs nous conduisent à éviter d'avoir à faire face à nos responsabilités, aussi bien individuelles que collectives.
 
Or ce déni de l' échec est un des freins les plus efficaces à l'émergence des solutions.
Il tend à nous rendre complice de la perduration d'un système qu'on croit par ailleurs vouloir réformer.

Avant d'aller plus loin, je précise que mon propos n'est pas de dénoncer des problèmes sans chercher à apporter de solutions. Il est de défendre l'idée que l'on ne peut résoudre un problème sans accepter l'idée d'y faire d'abord totalement face.

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Bati 28/01/2009 10:45

Hem , je cherche plutôt à montrer le point de vue que tout le monde à sa manière se dédouane, se débine de ses responsabilités.
Et du coup on est tous complices d'entretenir un système qu'on ne manque pas de critiquer. "Tous complices" est le contraire de "c'est la faute de l'autre.

Je m'inclue dans ce tous, et la réflexion que je mène sur ce sujet est une tentative pour me dégager de cette position qui me déplait au plus haut point.
Il me reste encore un peu de boulot pour atteindre cet objectif.

Bruno Bellamy 27/01/2009 20:00

Le principe même de démocratie représentative consiste, à travers l'expression de la volonté populaire par le vote à la majorité absolue, à faire appliquer (théoriquement) la volonté de ce peuple par un représentant élu.
On peut en effet se demander si l'état fonctionnerait bien, si pour chaque décision on demandait au peuple de voter (par exemple si c'était le peuple qui votait les lois). Au lieu de ça, on élit un représentant, qui constitue un gouvernement, et qui exerce ensuite le pouvoir exécutif, en respectant plus ou moins le programme annoncé avant son élection, et en négociant avec d'autres élus (les députés, etc). Du coup, oui, d'une certaine façon, le peuple est "dédouané" : il a confié l'exercice du pouvoir à son représentant, et si le résultat ne lui plaît pas, la seule sanction envisageable est de ne pas le réélire à la fin de son mandat (encore faut-il, d'ailleurs, qu'il dispose d'un candidat plus intéressant).
Se sent-on trop démuni d'un pouvoir d'action individuelle, dans une démocratie de ce type, ou est-on réellement coupable de ne pas agir ? Quelles actions peuvent être menées sans le gouvernement, avec lui, malgré lui, voire contre lui, sans remettre en cause les lois de la république ?
Le peuple est-il sage ? Est-ce qu'une majorité de gens a forcément raison (répondre "non" à cette question tend à conforter le principe de démocratie représentative) ?

En fait, je crois que ça nous arrange bien de pouvoir dire "c'est la faute de l'autre" (du gouvernement, du voisin, du système, de la conjoncture internationale) et donc de se protéger derrière la difficulté à agir en tant qu'individu. Il n'en reste pas moins que quand on tente d'agir, on se heurte souvent à une inertie qui peut être coriace, voire redoutable. Pire : on peut être convaincu d'agir pour la bonne cause, et en fait manquer de recul, ou s'appuyer sur des informations erronées, et commettre un délit d'autant plus grave que, exécuté individuellement, il n'aura bénéficié d'aucun garde-fou, d'aucun regard extérieur.

Mais, déjà, si on aidait son prochain en pensant au fait qu'on a soi-même souvent aussi besoin d'aide, ça irait peut-être mieux. C'est le petit Anakin Skywalker qui le dit fort bien dans l'épisode I de Star Wars (je cite approximativement de mémoire) : "the biggest problem in the galaxy is that nobody ever helps each other".

On sait à quelles extrémités un sentiment poignant d'injustice l'a conduit, un peu plus tard, mais bon, ça partait d'une bonne intention... ;)